L’histoire de la Lune qui voulait être Soleil à la place du Soleil
- Kenza B

- 2 déc. 2012
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 1 déc. 2023
Tous les soirs, elle se réveillait, s’étirait, émettait un petit bâillement et se disait : “Ce soir, je serai Soleil à la place du Soleil”
Elle étendait ses beaux rayons, et les nettoyait pour les faire briller. Elle éclaircissait ses cratères pour bien les faire ressortir. Et son court périple commençait.
Comme un magnifique ballon, elle sortait de la mer. D’abord elle s’habillait d’une couleur orangée comme le Soleil à son coucher, juste histoire de créer un peu de confusion dans la vue de ceux qui n’y prêtaient pas attention. Et plus elle montait vers le ciel, plus son habit s’éclaircissait pour devenir blanc comme le Soleil à son apogée.
Elle savait bien au fond d’elle qu’elle ne leurrait personne avec sa lumière pâle et ses rayons qui irradiaient à peine à ses côtés. Mais elle continuait à faire des efforts et à briller aussi fort qu’elle pouvait dans le ciel étoilé. Parfois, elle regardait son reflet dans la mer, et elle voyait une belle trainée de lumière au-dessus de la surface. Mais cette lumière éclairait à peine le dessus des vagues, et quelques poissons qui se prenaient pour des oiseaux avec leurs petites nageoires-ailes. Elle demandait alors à la mer : “Mer, Mer, toi qui es si sage : qui est le plus brillant, Soleil ou moi?” et la Mer répondait invariablement : “Le Soleil bien sûr. Mais ma très chère Lune, rien ne sert de te comparer. Sois toi-même : évolutive dans ta constance, brillante dans la noirceur de la nuit, et si touchante avec ton air étonné. Tu sais quel effet tu me fais : au gré de tes humeurs et de ta pudeur, tu me fais monter et descendre sans que je n’y puisse rien. Roi Soleil ne me fait pas cet effet, bien qu’il me chauffe la surface…”
Mais Lune ne voulait rien entendre : elle voulait être Soleil à la place du Soleil.
Son désespoir allait même parfois jusqu’à prendre des décisions futiles de disparaître complètement. Et son absence faisait de grandes nuits noires où les marins se perdaient dans les flots sombres, où les villes se couvraient de cet aura de peur qu’ont les enfants dans le noir, et où les amants ne pouvaient plus se retrouver dans les allées des jardins pour abriter leurs amours heureux. Son désespoir allait d’autres fois jusqu’à confronter le grand Soleil. Elle lui disait : “Aujourd’hui, ce sera toi ou moi. Je me lèverai en plein jour, et nous verrons qui de nous deux brillera le plus fort dans le ciel.”
Ces jours-là, tous les hommes se rassemblaient en plein air pour assister à ce combat de coqs. Ils portaient des lunettes sombres pour ne pas être éblouis par la lumière arrogante du vainqueur. Lune se levait alors en plein jour, et commençait à s’approcher de Soleil. Pendant toute son ascension, Soleil brillait de tous ses rayons, et personne ne pouvait la voir. Mais dès qu’elle était assez proche, elle commençait à le cacher doucement. Et là où il y avait un grand Soleil brillant, on apercevait un croissant de Lune tout noir qui grandissait, comme elle le faisait d’habitude Nuit après Nuit. Et la Lune continuait de recouvrir le Soleil jusqu’à ce qu’à la place du grand astre jaune, il n’y ait plus qu’une belle Lune noire.
Et comme ce jour-là, elle était devenue Soleil à la place du Soleil, la Lune se retirait doucement, croissant après croissant, pour ne pas trop vexer le beau Soleil. C’est vrai qu’il l’agaçait avec son air suffisant, sa constance, sa chaleur envers tous les êtres, et ses beaux rayons dorés. Mais, elle l’aimait tellement… et si elle devait lui courir après toute sa vie, elle le ferait sans hésiter. Parce qu’elle savait que de leur Union, devaient naître deux jumeaux, Aube et Crépuscule, qui régneraient en maîtres absolus sur le rythme des journées.




Commentaires